Encourager les jeunes Canadien·nes (spécialement les filles) à apprendre la programmation

Lorsque Kate Arthur a fondé Kids Code Jeunesse (KCJ), en 2013, c’était surtout une question de communication.

«J’ai réalisé que mes capacités étaient limitées parce que je n’étais pas capable de coder, se souvient-elle. Je ne parlais pas le langage de la technologie.»

Kate Arthur voyait ses filles, alors d’âge primaire, consommer de la technologie. Elle a vite compris qu’il faudrait accélérer leur éducation en matière de programmation, ou codage, pour leur permettre de communiquer directement; de demeurer actrices de la création de leur monde et de rester à jour en pleine révolution industrielle.

«L’éducation dans nos écoles avait perdu de vue ce dont les élèves ont besoin pour devenir des citoyennes et citoyens socialement et économiquement engagé·es, pour pouvoir créer et communiquer dans leur monde. »

Elle se devait d’agir.

Dix ans plus tard, Mme Arthur n’a plus à expliquer ce qu’est le codage ou à en expliquer la pertinence.

Il a été intégré dans les classes canadiennes, et pratiquement tout le monde convient qu’il s’agit d’une compétence recherchée, susceptible d’ouvrir des portes dans les parcours professionnels de chacun·e, dans des marchés économiques compétitifs et dans les industries artistiques et culturelles.

Crédit photo: Digital Moment

Aujourd’hui, renoncer à une éducation technologique revient à se couper de notre société de plus en plus numérique.

L’organisme de bienfaisance canadien s’est depuis rebaptisé Digital Moment et a ajouté l’intelligence artificielle, la maîtrise des algorithmes et des données, et l’impact social et l’éthique à son offre. Mais la philosophie de départ de KCJ, elle n’a pas changé: la prochaine génération devra être formée de créateur·trices de technologie, pas seulement de consommateur·trices.

Ce qui a changé, c’est la multitude de plateformes et d’options d’apprentissages maintenant offertes aux jeunes, à l’école ou à la maison.

«Le Canada était en retard en matière de programmation, mais nous avançons maintenant, alors que les enseignant·es reçoivent de la formation», affirme Kate Arthur au sujet des perspectives générales pour l’année scolaire 2022-2023. «La COVID a accéléré l’adoption et la lancée de la technologie, et la sensibilisation à son pouvoir dans nos vies.»

Les principaux facteurs de succès de l’éducation à la programmation n’ont pas tellement changé non plus, ajoute-t-elle: «Les enfants doivent commencer à un jeune âge, avant la puberté, et il faut que ce soit enseigné dans le système public d’éducation primaire.»

«Il faut aussi l’intégrer dans un environnement collaboratif et constructif.»

Crédit photo: Digital Moment

Tirer parti d’un intérêt existant

La programmation n’a jamais été aussi accessible et les jeunes ont de plus en plus de façons de s’y initier.

«Le code s’immisce dans les endroits les plus surprenants », se réjouit Kimberley Vircoe, responsable de programme chez KCJ pour le camp virtuel Coder Créer Jouer en ligne, qui s’adresse aux enfants de 8 à 12 ans. Art, narration, sport, musique, sciences, mode (et pratiquement tout autre intérêt auquel vous ou votre enfant pourriez penser) sont autant de portes d’entrée à l’éducation au code.

En 2018, par exemple, KCJ s’est associé à la National Basketball Association (NBA) pour une série d’ateliers de codage nommée Hoops & Loops, où les jeunes adeptes de sport ont été initiés à de nouvelles compétences numériques en bâtissant des podomètres et en modifiant l’affichage sur un écran géant.

D’autres initiatives, telles que Micro:bit, Art:bit et les clubs de programmation Code Clubs visent à faciliter l’apprentissage de la programmation en la rendant amusante et ancrée dans les communautés.

«Ce qui est vraiment excitant, c’est la signature culturelle ou créative qu’une personne peut insuffler au codage, indique Kate Arthur. Dans l’histoire de l’innovation, les sciences et les arts vont main dans la main. On a tort de vouloir les séparer.»

S’amuser en travaillant

Pour développer ses compétences dans un domaine, généralement, c’est plus facile si on s’amuse en le faisant. L’éducation numérique ne fait pas exception! Pour conserver l’intérêt des enfants, spécialement les plus jeunes, il faut que ce soit amusant.

Heureusement, une foule de jeux de codage pour garçons et filles a vu le jour au cours des dernières années. Récemment, le magazine WIRED faisait les recommandations suivantes: 

●      Scratch, «la plus grande communauté de codage gratuit pour les jeunes» leur permet de créer des histoires, des jeux et des animations à partager avec les autres.

●      Tynker est un programme de blocs à glisser et déposer, qui présente des énigmes de codage et des terrains de jeux où l’on enseigne les bases de l’informatique.

●      Code Monkey enseigne CoffeeScript et Python au moyen d’environnements ludiques basés sur les blocs ou le texte. Il offre aussi des ressources éducatives de la maternelle à la huitième année (ou deuxième secondaire au Québec). 

●       Kodable aide les jeunes à se bâtir une base de concepts de programmation. Il y a un parcours pour les quatre à sept ans, et un autre pour les sept à dix ans.

●       Hopscotch s’adresse aux enfants qui aiment passer du temps sur un téléphone ou un iPad. Ce programme leur permet de créer des applications et de jouer à des jeux, tout en acquérant des concepts fondamentaux. Cette plateforme de codage primée est conçue pour les jeunes de 10 à 16 ans.

●       Erase All Kittens (EAK) apprend aux enfants à coder en HTML, en CSS et en JavaScript au moyen de jeux, d’histoires et… de chatons à collectionner. La mission d’EAK est de prouver à chaque enfant qu’il ou elle a la capacité de coder comme un·e programmeur·euse.

●      Roblox est sans doute le plus récent phénomène en ligne pour les enfants. Cette plateforme et système de création permet aux jeunes de programmer des jeux et de jouer à ceux créés par les autres. L’entreprise a aussi élaboré des expériences d’apprentissage pour les enseignant·es qui voudraient l’utiliser dans leur classe.

Porter une attention particulière aux filles

«Nous ne séparons jamais les genres dans nos programmes, parce que c’est très important pour les filles de voir qu’elles ont les mêmes capacités que les garçons, et c’est vraiment important pour les garçons de voir que les filles peuvent le faire», explique la fondatrice de l’organisme.

Cependant, personne ne peut nier que les tendances stagnantes en matière de parité sont inquiétantes.

Selon des statistiques du Gouvernement du Canada, les femmes représentent moins du quart des gens faisant carrière dans les sciences, la technologie, l’ingénierie et les mathématiques (STIM).

Et dans le rapport Faisons grimper les chiffres 2021 (uniquemenr disponible en anglais) des Femmes en communications et technologie, le fossé entre les genres persiste au Canada. Plus encore, les taux de participation des femmes dans le secteur des technologies de l’information et des communications (TIC) déclinent lentement depuis 2011.

Alors, que peut-on faire pour renverser la tendance?

Commencer jeune. Toutes les études démontrent qu’une expérience éducationnelle forte de la maternelle à la fin du secondaire est cruciale. Les élèves, spécialement de 11 à 17 ans, ont un intérêt pour les STIM, mais cet intérêt décroît avec l’âge.

Une enquête menée par Randstad en 2022 indique que les jeunes âgés de 11 à 14 ans sont 18 % plus susceptibles que les 15 à 17 ans d’élire les mathématiques comme matière préférée.     

Rendre les compétences pertinentes. Une étude suédoise de 2014 souvent citée a mis en lumière l’importance d’intégrer les concepts de signifiance et de pertinence dans le programme scolaire numérique, et de porter une attention particulière aux filles en cours de route.

«Dans le cas des filles, l’intérêt chute de façon marquée dans les niveaux scolaires supérieurs, révèle l’étude. L’enseignement doit être donné de façon à ce que tant les filles que les garçons en perçoivent la pertinence. Pour susciter leur intérêt, [l’enseignement doit être] connecté plus intimement à la vie de tous les jours des élèves, à leurs études et leur vie professionnelle futures, ainsi qu’à la société qui nous entoure.»

Multiplier les occasions de mentorat. «Nous n’avons toujours pas beaucoup d’enseignantes en mathématiques, en robotique ou dans les STIM pour prouver aux jeunes filles qu’elles peuvent le faire, ou pour comprendre comment soutenir les filles lorsqu’elles sont en minorité dans une équipe», pointe Mme Arthur.

«Comment peut-on s’assurer qu’une fille soit entendue? Qu’elle ait du soutien? Et qu’on lui donne une voix et l’espace nécessaire pour créer? Beaucoup d’adultes ne savent pas comment gérer cela ou offrir le soutien requis, donc l’intérêt des filles chute.»

Heureusement, il existe plusieurs groupes communautaires qui démontrent aux filles et aux jeunes femmes qu’elles ont leur place dans ce domaine.

●   Girls Who Code a pour mission de combler l’écart entre les sexes dans le domaine de la technologie au Canada. L’organisme à but non lucratif enseigne aux filles l’informatique, le courage et la sororité. Il possède des emplacements partout dans le pays.

●   Canada Learning Code souhaite préparer le pays au monde numérique. L’organisme conçoit et donne des programmes d’éducation à la technologie et crée des partenariats, en portant une attention particulière aux femmes, aux filles et aux personnes en situation de handicap. Consultez la page de la Semaine Canada en programmation 2022, du 6 au 10 décembre.

●       Imagi est une communauté axée sur les appareils mobiles visant à donner des «superpouvoirs de codage» à 300 millions de préadolescentes et de jeunes non binaires partout dans le monde. Avec Imagi, apprendre Python devient amusant et pertinent en s’exprimant de façon créative, en développant sa confiance en ses compétences de programmation et en faisant partie de la communauté.

●       InspiringFifty est une initiative de mentorat mondial qui a pour mission d’augmenter la diversité dans les technologies. L’organisme a créé The New Girl Code, une série de romans destinée aux filles et aux jeunes femmes sur les merveilles du travail dans le milieu de la technologie.

●       Stemettes est une communauté et une série de programmes intersectionnels au Royaume-Uni, en Irlande et ailleurs, qui encourage la prochaine génération de filles et de personnes non binaires âgées de 5 à 25 ans à poursuivre une carrière dans les STIM.

●       Et voici une liste de 25 organismes de partout dans le monde qui enseignent le codage aux femmes et aux filles, au moyen d’événements ou d’ateliers payants, gratuits, virtuels ou en personne.

Kate Arthur espère que le récent virage vers une « technologie responsable » encouragera encore davantage les filles et les jeunes femmes à adopter les outils pour créer un monde meilleur.

La ludification, l’offre gratuite en ligne et les ressources disponibles ne nuiront certainement pas à la cause non plus.


Laura Beeston
Laura Beeston est rédactrice, éditrice et stratège de contenu originaire de Winnepeg. En plus de 10 ans de création médiatique, elle a travaillé sur une variété de projets, et a notamment été journaliste de nouvelles pour The Winnipeg Free Press, The Montreal Gazette et The Toronto Star, et journaliste artistique pour le Globe and Mail. Elle est conseillère média et mentor chez The Link.
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