Shoresy: extension de l’univers de Letterkenny et volonté d’une représentation autochtone authentique

En à peine neuf ans, Letterkenny est passée d’une petite création YouTube sur deux gars originaires d’une petite ville de l’Ontario à une véritable histoire à succès bien de chez nous. La toute première série originale de Crave compte maintenant 10 saisons, une poignée d’émissions spéciales, un partenaire international (Hulu), une dizaine de prix Écrans canadiens, une tournée de spectacles et un éventail de produits dérivés – y compris la gamme de bières Puppers.

Dans Shoresy, la première série dérivée officielle, lancée en mai, le créateur Jared Keeso et le réalisateur et producteur exécutif Jacob Tierney élargissent cet univers une nouvelle fois. La série de six épisodes suit le boute-en-train Shoresy (interprété par Keeso), le personnage préféré des fans, qui jure de ne plus jamais perdre un match de hockey dans la ligue senior AAA de Sudbury.

Élargissement de la marque

Keeso, qui s’est fait arracher une dent pour le rôle, voulait absolument raconter cette histoire. Il s’agit aussi d’un changement énorme pour une franchise qui a construit sa marque autour d’épisodes autonomes destinés aux hommes de 18 à 34 ans.

«Ce n’était pas une évidence pour moi, confie Tierney. Mais Keeso avait une vision claire et, après des années de collaboration, je lui faisais confiance». Résultat: une série plus axée sur l’histoire et moins sur les personnages que Letterkenny.

 «Shoresy est l’émission la plus urbaine que nous ayons faite jusqu’à présent. Nous avons passé beaucoup d’années à éviter de montrer Sudbury et, maintenant, l’action de la série s’y déroule. Nous montrons vraiment le Nord pour la première fois. »

Harlan Blayne Kytwayhat et Jared Keeso

«Nous souhaitons d’abord et avant tout susciter de l’enthousiasme pour nos marques. Dans le cas de Letterkenny, nous avons passé la majeure partie des sept dernières années à cultiver notre public, ajoute Mark Montefiore, président et producteur exécutif chez New Metric Media. C’est l’attachement du public à nos personnages qui a permis de faire croître organiquement la marque avec Shoresy.»

Comme Letterkenny, Shoresy est également disponible sur Hulu aux États-Unis, où il a été encensé par le public et la critique. Après avoir lancé la tournée, Tierney a vu de ses propres yeux à quel point les adeptes de la série étaient enflammés. «C’est intense, admet-il. Et c’est extraordinaire. Les premières fois, je me disais qu’il y avait clairement un marché pour Letterkenny. Ces gens étaient exaltés.»

Tierney croit que le succès de la franchise est en bonne partie attribuable à un «coup de chance» et à la «magie», mais il pense que la spécificité de la série a également un rôle à jouer.

«L’authenticité de l’émission trouve un écho auprès des gens qui ont grandi dans une petite ville, indique-t-il. En fait, plus une histoire est spécifique, plus elle est universelle. Il ne s’agit pas d’une grande victoire que d’être le plus générique possible. Si vous racontez une histoire que vous connaissez bien… Jared a grandi dans une ville comme Letterkenny, donc il la connaît très bien, cette histoire. C’est l’histoire qu’il devait raconter et le public s’y est retrouvé.»

Représentation authentique

Dès le début, pour la création des personnages, l’équipe de Letterkenny s’est inspirée d’une population autochtone réelle du nord-ouest de l’Ontario et elle a favorisé un environnement de collaboration entre les acteurs et l’équipe de tournage afin d’assurer une juste représentation. C’est de nouveau le cas pour Shoresy, devant et derrière la caméra. De nombreux personnages de l’équipe fictive des Bulldogs dont fait partie Shoresy sont joués par des acteurs autochtones, dont Brandon Nolan, ancien joueur vedette de la Ligue de hockey de l’Ontario, et son frère Jordan Nolan, trois fois gagnant de la coupe Stanley.

En coulisses, Tierney révèle que plusieurs membres de l’équipe de Shoresy étaient également dans la série mère, dont «de nombreuses personnes Autochtones, parce que c’est la réalité du Nord». L’actrice Kaniehtiio Horn, née à Kahnawake (Tanis, dans Letterkenny), est également productrice consultante.  

Jade Willoughby (aka Ellyn Jade) and Kaniehtiio Horn

«Ce que j’aime dans Shoresy, c’est que les Autochtones existent, tout simplement, confie Horn. Ce n’est pas important s’ils viennent d’une réserve ou de la ville. Ce n’est pas une déclaration politique – même si Tanis dans Letterkenny peut être un peu politique. La série parle de hockey au Canada. Les Autochtones font partie de cet univers et ils sont présents dans la série. En ce sens, c’est révolutionnaire. Au Canada, à part les émissions qui portent sur les questions autochtones, nous n’existons pas du tout. Mais nous avons de riches histoires à raconter.»

Tierney ajoute: «Dans cette histoire de hockey, et surtout parce qu’elle se déroule dans le nord de l’Ontario, s’il n’y avait pas d’Autochtones, ce serait une lacune importante, car ils occupent une grande place dans cette culture. Nous voulions peupler notre univers de vraies personnes qui sont vraiment là. C’est pourquoi il y a des personnes francophones et autochtones: c’est du hockey.»

Il soutient que la représentation est arrivée naturellement, sans plan établi, car il souhaitait simplement faire écho à la réalité. C’est pourquoi, lorsque l’acteur cri Harlan Blayne Kytwayhat, qui joue Sanguinet, le meilleur ami de Shoresy, a demandé si son personnage pouvait être cri au lieu d’ojibwé pour pouvoir parler l’argot dans sa langue maternelle, le changement a été accepté. C’est aussi la raison pour laquelle les créateurs souhaitaient montrer des bijoux d’artistes autochtones, qu’ils se sont approvisionnés en sirop d’érable auprès d’une entreprise de la réserve de Horn et qu’ils ont ajouté des blagues et des expressions précises que l’on n’entend pas souvent en dehors des communautés autochtones.

«Le Canadien moyen ne le remarquera peut-être pas, mais les Autochtones se répètent tout le temps, dit Horn. Ce genre de choses en apparence anodines sont en fait très importantes en ce qui a trait à la représentation, à l’authenticité et à la réalité, et elles signifient beaucoup pour les Autochtones.»


Amber Dowling
Basée à Toronto, Amber Dowling est une rédactrice spécialisée en lifestyle et en divertissement dont le travail a été publié dans plusieurs journaux, magazines et sites Web du Canada et des États-Unis. Ex-présidente de la Television Critics Association et ex-rédactrice en chef de TV Guide Canada, elle a écrit sur tous les aspects de l’âge d’or de la télévision et de son industrie pour des titres tels que Variety, The Hollywood Reporter, Indiewire, Playback, The Toronto Star et The Globe and Mail. Outre être une télévore, Amber est une grande voyageuse et une mère au penchant sérieux pour les rouges bien charnus et les fromages forts.
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